Le Trou des fées de D. Zachary et V. Dion.

C’est Arnold Van Gennep (1873 – 1957) qui utilisa le premier l’expression « rite de passage ». Selon lui, tout individu passe par plusieurs statuts au cours de sa vie, ces transitions sont souvent marquées par des rites diversement élaborés selon les sociétés (la naissance, l’accès à l’âge adulte ou à une nouvelle position sociale, le mariage, l’expérience de la maternité ou de la paternité, la mort). De manière plus générale, on peut donc dire que les rites de passage sont des rites qui accompagnent chaque changement de lieu, d’état, de position sociale et d’âge. Que reste-t-il, aujourd’hui, de ces rites de passage dans nos sociétés que l’on dit « désenchantées » ?
Dans le domaine de la littérature et tout particulièrement celui de la littérature de jeunesse, de nombreux ouvrages contemporains tentent d’offrir à leurs lecteurs, enfants ou adolescents, des histoires qui, s’inscrivant dans une aventure symbolique, dans l’intensité d’une fiction, enchaînent les séquences essentielles d’un scénario initiatique. Ces livres mettent en scène un sujet qui se transforme, par l’intermédiaire d’un départ de la terre natale, de l’exploration d’un monde nouveau. Son retour, lorsqu’il est raconté, ne se fait qu’après transformation de sa personnalité. Ces phases rituelles bien connues des ethnologues sont celles de la séparation, de l’initiation et de la réintégration. Le succès planétaire d’un ouvrage comme Harry Potter montre que le genre du récit initiatique a encore de beaux jours devant lui.
A l’origine, ce sont les contes et légendes transmis aux petits enfants par leur nourrice qui jouent ce rôle. Il s’agit la plupart du temps de récits libres racontés oralement par des générations de conteurs depuis des temps immémoriaux à des publics adultes comme enfantins d’abord, puis, par l’intermédiaire du livre, à des enfants essentiellement, surtout depuis la fin du 19e siècle. Ils dépeignent les relations humaines dans un style empruntant au merveilleux et généralement riche de symboles. S’ils puisent aux sources de la vie quotidienne, ils n’en franchissent pas moins les limites du réel pour mettre en scène des personnages et des situations pleins d’enseignement et de magie en même temps. C’est peut-être ce qui fait leur succès.
En Belgique comme ailleurs, on constate l'intérêt des nouvelles générations pour le conte animalier, merveilleux ou facétieux qu’il soit neuf ou qu’il appartienne à la tradition. De nombreux chercheurs ont montré que ces histoires proviennent le plus souvent d’un fonds universel et que l’on peut jeter des ponts entre les légendes du monde entier. Pourtant chaque pays voire chaque région revendique ses contes et légendes propres. La Gaume n’est pas en reste et le musée gaumais propose ainsi une section consacrée à la Légende des Quatre Fils Aymon, à Djean d'Mâdy, au Trou des Fées, à travers divers objets symboliques, archéologiques et artistiques. Il existe aussi des ouvrages qui permettent la découverte du patrimoine légendaire de la Gaume et l’un d’entre eux, Le Trou des fées, réalisé par le journaliste Dominique Zachary pour les textes et par l’illustratrice Valérie Dion pour la mise en images, est particulièrement savoureux.
Le but des auteurs est de familiariser les enfants avec leur héritage culturel de la région de Florenville à Orval en passant par Buzenol et Croix rouge où se trouve précisément le Trou des fées qui a donné son nom au recueil. Chemin faisant, les lecteurs font moisson de renseignements sur le pays chargé d’histoire qui sert de cadre au livre (Les Quatre fils Aymon, La Marquise du Pont d’Oye, La truite d’Orval). Mais l’ensemble de ces contes régionaux n’en apparaît pas moins également initiatique en ce sens que chaque texte souligne les limites à ne pas franchir ou les chemins à emprunter pour avoir une vie harmonieuse et sereine. Les petits lecteurs ont droit, en outre, comme leurs ancêtres dans le passé, à des avertissements salutaires toujours d’actualité : la curiosité et la précipitation sont rarement bonnes conseillères (Le Trou des fées). Ils reçoivent aussi des conseils écologiques par l’intermédiaire de Bertrand et Zoline, un conte dans lequel un chêne demande au bûcheron de ne pas l’abattre car il est encore trop jeune.
Les textes sont écrits dans une langue limpide qui permet une lecture autonome dès l’école primaire ce qui n’enlève rien à la fluidité élégante du style. A la fin du livre l’auteur a soin de donner quelques explications quant à ses modifications du texte original : elles vont toujours dans le sens d’une adaptation au jeune lecteur, à sa sensibilité ou à ses connaissances. Il propose aussi des pistes pour compléter la lecture par d’autres investigations. Les illustrations, des pastels colorés et vivants, jouent habilement sur les contrastes entre l’ombre et la lumière mais aussi entre plans éloignés et rapprochés. Les personnages ont des attitudes très dynamiques : les cheveux comme les chevaux volent, les gens et les bêtes courent, sautent et dansent. Les visages sont extrêmement expressifs, modelés avec art et subtilité par les pastels. Les décors créent une atmosphère tantôt idyllique, une harmonie en vert, tantôt angoissante, quand l’ombre envahit le tableau à grands coups de crayon menaçants. L’image sert le texte par une poésie expressive, le rendant accessible à la sensibilité d’un enfant qui ne saurait pas encore bien lire.
Le Trou des fées est « un livre pour grandir » à mettre entre toutes les mains. Les lecteurs y apprennent en se divertissant à respecter les autres et l’environnement mais ils se nourrissent aussi d’histoire, de légendes et de poésie. Un bel ouvrage à la réalisation raffinée édité par Olivier Weyrich qui n’en est pas à son coup d’essai !



Danièle Henky
Spécialiste de littérature de jeunesse
Enseignant chercheur à l’Université de Strasbourg

 

 

« J’aime promouvoir les auteurs et les maisons d’édition belges »
(Laurence Merveille, librairie Antigone à Gembloux)

Laurence Merveille, librairie Antigone. Gael décembre 2009Lu dans le magazine Gaël de décembre 2009-12-11 :
Avec trois enfants de 9, 6 et 2 ans et demi, Laurence trouve néanmoins le temps de gérer depuis 1994 une librairie qui figure parmi les 55 adresses labellisées « librairie de qualité » par la Communauté française. « Avec ma clientèle d’habitués, les contacts sont chaleureux et les conseils adaptés. En période de fête, je personnalise l’approche des romans. Les prix littéraires ont beaucoup de succès. Et je veille à proposer une belle sélection de beaux livres »...

A propos de l’Ardenne merveilleuse :
« Jean-Luc Duvivier est un écrivain passeur qui rassemble les légendes et contes propres à l’âme ardennaise. Le tout chez Weyrich, un éditeur belge ».

Librairie Antigone, place de l’Orneau 17 – 5030 Gembloux, tél. 081/60 03 46
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