Fille de Nino (La)
- Format: 215 x 125 x 15 mm
- Nombre de pages: 188 pages
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La neige tourbillonne et les essuie-glaces peinent à balayer le pare-brise. Angela ralentit sans freiner, la chaussée de Waterloo qui mène de Bruxelles à Charleroi est glissante. Autour d’elle, des voitures filent, indifférentes au danger. Elle essaie de ne pas penser, de ne pas pleurer, d’oublier que dans la chambre de l’hôpital, là-bas à Charleroi, son père est entre la vie et la mort. Au téléphone, sa tante a répété qu’elle appelait depuis six heures du matin. Angela n’a-t-elle pas entendu la sonnerie ? Incapable de lui expliquer qu’elle travaille le matin comme nettoyeuse, elle s’est contentée de répondre qu’elle n’était pas chez elle. Sa tante répétait avec son accent carolo : Il faut que tu viennes, il faut que tu viennes. Ne pas penser, ne pas pleurer. Rouler. Conduire.
Elle tourne le bouton de la radio. C’est encore l’invasion de l’Afghanistan à la une ! Angela écoute sans entendre et laisse son regard errer sur les champs couverts de neige. Sur sa droite, au loin, la silhouette du Lion de Waterloo se dessine à l’horizon.
Depuis combien d’années, son père travaille-t-il à l’usine ? Elle n’en sait rien. Elle ne sait rien de son père. Elle l’a abandonné pour monter à la capitale.
Elle n’a pas pensé à l’interroger. Elle n’a pensé qu’à elle. A ses rêves de grandiosité. Elle sait juste que Nino a quitté l’Italie après la guerre et qu’il a passé cinq ans dans une mine près de Monceau, à arracher le charbon au fond des galeries, dans le tumulte des marteaux-piqueurs et la peur que tout s’effondre. Il y a quelques mois, elle a vu par hasard un reportage sur le drame du Bois du Casier à Marcinelle. Elle s’est dit qu’elle interrogerait son père, et puis elle a oublié.